Marelle se présente comme une sorte de métropole littéraire, un de ces ouvrages du XXe siècle vers lequel on revient, toujours plus surpris d'y avoir été, à l'image de Venise. Ses protagonistes, suspendus entre ciel et terre, sensibles aux vibrations des marées, n’arpentent ni ne cultivent ni ne récoltent : ils explorent les confins du monde, et ce monde étant notre existence, c'est autour de nous qu'ils évoluent. Tout se transforme dans son reflet narratif, la fiction devient une quête, le roman se mue en essai, un éclat de sagesse zen se change en éclat de rire, tandis que le personnage principal, Horacio Oliveira, se double de Traveler, l'un à Paris, l'autre à Buenos Aires. Le jazz, les amis, la passion dévorante d'une femme, la Sibylle, et une autre, Talita, parviendront-ils à sauver Oliveira de l'échec du monde ? Peut-être, car Marelle propose de multiples chemins d'accès. Un mode d'emploi nous invite à choisir entre une lecture linéaire, un "rouleau chinois" qui se déploiera devant nous, et une approche plus dynamique, où en sautant de case en case, nous réaliserons un autre voyage extraordinaire. Le maître de ce jeu est Morelli, l'écrivain qui est le double de Julio Cortázar. Il s'efforce de ne rien trahir dans son écriture, c'est pourquoi il commence à libérer la prose de ses anciennes entraves, à "désécrire", comme il le formule. Marelle nous transporte presque simultanément au paradis, un lieu de repos, et en enfer, où tout recommence.
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