Huit vies. Huit noms, à peine esquissés en titres de chapitres, déjà oubliés. Pierre Michon s'immerge dans les existences de ses ancêtres, banales, insignifiantes, fragmentaires : minuscules. Malgré, ou en raison, de la vacuité de ces vies, l'écrivain explore, le temps de l'écriture, ces espaces vides que les mauvaises herbes de l'ennui envahissent à nouveau dès que la plume se pose. Pas de larmoiement. Plutôt une certaine rigueur, mêlée à une émotion indescriptible. Plutôt empathique que compatissant, car Michon ne peut se soustraire à sa propre expérience. Pour exprimer la douloureuse insignifiance de ces destins, la langue, de manière étonnante, est éclatante, riche, le récit foisonnant, parsemé de références : une dérision ultime de l'auteur, un cri de révolte face à l'inefficacité du discours, inachevé, impuissant à retenir l'éphémère. Même si "les petites gens" ne sont pas "plus réelles que les autres", d’après l'exergue, elles recèlent pour Pierre Michon une vérité indéfectible et nourrissent, en plus de ce premier roman, la série de récits qui compose son oeuvre, incluant L'Empereur d'Occident et Maîtres et serviteurs...
Pour prolonger
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Les petits personnagesLivre, 2022Recueil de vies minuscules et de personnages presque effacés, avec une même attention poétique aux existences discrètes.
Le Petit ChoseLivre, 1972Autobiographie d'un jeune provincial vulnérable, proche de Michon par le récit de soi et la matière de l'enfance.
Le vestibule des causes perduesLivre, 2014Roman choral de destins fragmentaires et de rencontres, qui prolonge l'intérêt pour des vies modestes et dispersées.
Le temps retrouvéFilm, 1999Le film fait de la mémoire et de l'écriture le lieu où une vie se recompose, comme chez Michon.
Une vieLivre, 1979Le roman suit une existence ordinaire minée par les désillusions, avec une même compassion lucide pour le destin.
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