Le Thélyson pleure... il a écrit son roman avec l'IA ?!
Attention, ce post a été écrit à l'aide de l'IA. Au-secours !? Quelle ironie... Les idées, le raisonnement, la méthodologie sont humaines... et les heures passées à sélectionner un protocole et à le mettre en oeuvre sur chacun des détecteurs d'IA, à la main, sont bien un travail humain également. Mais pour gagner du temps, et parce que je ne présente pas ce post de blog ni au Goncourt, ni au Pulitzer, je me permets de demander à mon ami Claude de le mettre en forme. Vous êtes prévenus...
Enquête · Littérature et IA
C’était ça ou mourir, prix Fnac 2026 et favori pour le Goncourt, est accusé d’avoir été écrit avec l’aide d’une intelligence artificielle. Plutôt que de trancher au doigt mouillé, j’ai monté un protocole et je l’ai déroulé jusqu’au bout. Voici tout : la méthode, les résultats, et chaque capture d’écran.
Le contexteLe dernier scandale de l’édition
Le roman C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien, a déjà reçu le prix Fnac 2026. Il a été encensé par toute l’intelligentsia germanopratine, il est pressenti pour le Goncourt… et il est désormais accusé d’avoir été écrit avec l’aide de l’IA.
Depuis, tout le monde s’écharpe. D’un côté, on l’accuse sans fondement. De l’autre, on le défend sans raison : sur le plateau de C Ce Soir, Virginie Despentes a répondu à l’outil de détection Pangram par un retentissant « Pangram va te faire foutre ».
Je ne sais pas qui a raison. Mais c’est une question à laquelle on peut répondre autrement qu’avec des sentiments : de manière objective, et même scientifique.
La méthodeUn raisonnement par l’absurde
Mon type de raisonnement préféré. On part de l’accusation, et on regarde si elle tient quand on la pousse jusqu’au bout.
Si le texte C’était ça ou mourir se fait détecter par de l’IA, alors logiquement, d’autres romans devraient être détectés aussi.
Autrement dit : si les détecteurs d’IA se trompent, ils ne se trompent pas que sur Thélyson Orélien. La première chose à vérifier, c’est donc l’existence de faux positifs : des textes écrits par des humains, que les détecteurs prennent pour de l’IA.
Le corpus : dix romans
À côté du livre accusé, j’ai pris neuf romans français presque au hasard, pour avoir un panel représentatif. Comme C’était ça ou mourir est pressenti pour le Goncourt, j’ai commencé par le Goncourt de l’an dernier, puis celui d’il y a dix ans, et deux plus anciens : Duras en 1984 et Modiano en 1978. Ensuite, trois styles très différents — un style génial, un style dégueu et un style de merde, je vous laisse décider lequel est lequel : Céline, Virginie Despentes et Marc Levy. Pour compléter, deux classiques, Proust et Flaubert.
Le livre accusé
Thélyson OrélienC'était ça ou mourir2026
Des Goncourt
Laurent MauvignierLa Maison videGoncourt 2025
Mathias ÉnardBoussoleGoncourt 2015
Marguerite DurasL'AmantGoncourt 1984
Patrick ModianoRue des boutiques obscuresGoncourt 1978
Trois styles
Louis-Ferdinand CélineVoyage au bout de la nuit1932
Virginie DespentesVernon Subutex 12015
Marc LevyEt si c'était vrai…2000
Deux classiques
Marcel ProustDu côté de chez Swann1913
Gustave FlaubertL'Éducation sentimentale1869
Sur les neuf témoins, huit ont été publiés avant ChatGPT (novembre 2022) : ils ne peuvent pas avoir été écrits avec une IA générative. Le neuvième, La Maison vide, a reçu le Goncourt 2025.
Le tirage des extraits : pas ma main
On ne teste pas des romans entiers : on en extrait un passage. Et si c’est moi qui choisis les passages, on m’accusera, à raison, d’être partial. J’ai donc écrit un petit programme Python qui tire un paragraphe dans chaque livre, avec des règles fixées à l’avance :
Pour donner une idée de ce que ça donne, voici l’extrait tiré dans Proust :
En dehors de la jeune femme du docteur, ils étaient réduits presque uniquement cette année-là (bien que Mme Verdurin fût elle-même vertueuse et d’une respectable famille bourgeoise excessivement riche et entièrement obscure avec laquelle elle avait peu à peu cessé volontairement toute relation) à une personne presque du demi-monde, Mme de Crécy, que Mme Verdurin appelait par son petit nom, Odette, et déclarait être «un amour» et à la tante du pianiste, laquelle devait avoir tiré le cordon; personnes ignorantes du monde et à la naïveté de qui il avait été si facile de faire accroire que la princesse de Sagan et la duchesse de Guermantes étaient obligées de payer des malheureux pour avoir du monde à leurs dîners, que si on leur avait offert de les faire inviter chez ces deux grandes dames, l’ancienne concierge et la cocotte eussent dédaigneusement refusé.
Celui de C’était ça ou mourir commence par « Même mon estomac s’était arrêté de… » : un passage de 104 mots au chapitre 18. On le retrouve en entier sur les captures ci-dessous.
Le protocole avance ensuite en trois étapes, chacune répondant à une objection.
Étape 1 · PangramY a-t-il des faux positifs ?
Je passe les dix extraits, un par livre, dans Pangram. Le résultat est clair et net : 100 % d’IA pour C’était ça ou mourir, et 100 % d’humain pour tous les autres.
Les dix captures Pangram · cliquez pour agrandir
Sur notre échantillon, Pangram reconnaît donc les romans écrits sans IA pour ce qu’ils sont. Pour Proust, on en est certain : l’IA n’existait pas. Aucun faux positif, pas même Flaubert et ses phrases à rallonge :
Du bord des panneaux armoriés, des regards indifférents tombaient sur la foule ; des yeux pleins d’envie brillaient au fond des fiacres ; des sourires de dénigrement répondaient aux ports de tête orgueilleux ; des bouches grandes ouvertes exprimaient des admirations imbéciles ; et, çà et là, quelque…
Étape 2 · Quatre autres détecteursEt si c’était un biais de Pangram ?
Objection légitime : les détecteurs d’IA, ce n’est pas que Pangram, et Pangram a peut-être un biais. Très bien : je refais la démarche sur quatre autres détecteurs réputés parmi les meilleurs, GPTZero, Originality.ai, Quetext et Winston AI. Je garde l’extrait de base de C’était ça ou mourir, et je prends à chaque fois deux extraits d’autres romans.
Attention, ils ne mesurent pas tous la même chose :
| Détecteur | Ce qu’il affiche |
|---|---|
| GPTZero | une probabilité que le texte entier soit IA, mixte ou humain |
| Originality.ai | un verdict (« Likely AI » ou « Likely Original ») et la confiance de ce verdict |
| Quetext | un « AI Score », en pourcentage |
| Winston AI | un score humain : 0 % signifie que le texte est jugé écrit par une IA |
Le résultat ne change pas : à chaque fois, C’était ça ou mourir passe pour de l’IA, et les autres pour de l’humain.
Étape 3 · Dix extraits × cinq détecteursEt si l’extrait était mal choisi ?
Dernière objection : peut-être que l’extrait tiré dans C’était ça ou mourir était un mauvais extrait, un passage atypique. D’accord. Je modifie mon programme pour qu’il tire dix extraits du roman, et je recommence la même manœuvre, cette fois sur les cinq détecteurs.
Résultat : tous les extraits sont détectés comme écrits par une IA, par tous les détecteurs, entre 82 % et 100 %. Il y a du rouge partout.
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|---|---|---|---|---|---|
| Extrait 1chap. 18 | 100 % | 99 % | 100 % | 99 % | 100 % |
| Extrait 2chap. 23 | 100 %* | 97 % | 99 % | 97 % | 100 % |
| Extrait 3chap. 16 | 100 % | 97 % | 100 % | 97 % | 91 % |
| Extrait 4chap. 17 | 100 % | 96 %* | 100 % | 97 % | 100 % |
| Extrait 5chap. 17 | 100 % | 98 % | 100 % | 98 % | 100 % |
| Extrait 6chap. 17 | 100 % | 100 % | 100 % | 100 % | 100 % |
| Extrait 7chap. 18 | 100 % | 100 % | 100 % | 100 % | 99 % |
| Extrait 8chap. 18 | 100 % | 90 % | 100 % | 90 % | 97 % |
| Extrait 9chap. 21 | 100 % | 99 %* | 84 % | 99 % | 91 % |
| Extrait 10chap. 18 | 100 % | 85 % | 100 % | 85 % | 82 % |
* Test fait, sans capture d’écran : valeur relevée dans mon tableau de suivi. Winston AI affiche un score humain : la case vaut 100 − ce score. Originality.ai affiche la confiance de son verdict « Likely AI ».
Les 42 captures de l’étape 3, détecteur par détecteur
8 captures
7 captures
9 captures
9 captures
BilanCe que disent les 67 tests
classés humains
classés IA
On a montré deux choses. D’abord, que les détecteurs d’IA sont capables de dire que des romans dont on est sûr qu’ils n’ont pas été écrits par une IA… n’ont pas été écrits par une IA. Aucun faux positif sur les 17 tests de témoins. Ensuite, que le résultat sur C’était ça ou mourir est répétable : sur plusieurs extraits et sur plusieurs logiciels.
Ça ne prouve pas à 100 % que le roman a été rédigé avec l’IA. Mais ça sent vraiment pas bon pour Thélyson Orélien.
Honnêteté scientifiqueLes limites de l’analyse
- La taille de l’échantillonDix extraits, dix livres : ce n’est pas suffisant. Pour être vraiment sûr, il faudrait multiplier par dix, au moins.
- Un détecteur donne un indice, pas une preuveCes outils rendent des probabilités. Leur unanimité est un signal fort, pas un verdict judiciaire — on n’est pas au tribunal.
- Deux extraits se recoupentL’extrait 7 contient en entier l’extrait 1, tiré plus long au même endroit du chapitre 18. En toute rigueur, l’étape 3 porte sur neuf passages distincts.
- Trois tests sans capturePangram sur l’extrait 2 et GPTZero sur les extraits 4 et 9 : les tests ont été faits, mais je n’en ai pas gardé la capture. Leurs valeurs viennent de mon tableau de suivi.
L’objectif de cette analyse n’était pas d’écrire une thèse : c’était de me convaincre, et de vous convaincre si possible, avec une démonstration qui tient la route plutôt qu’avec des sentiments.
Moi, je suis plutôt convaincu. Et vous ?
Annexe · Protocole détaillé
Tests réalisés les 23 et 24 septembre 2026. Versions affichées sur les captures : Pangram 4.0, GPTZero modèle 4.1m, Winston AI v5.0. Extraits tirés par un programme Python (bibliothèque standard uniquement) dans les fichiers EPUB des romans : un paragraphe de phrases entières, de 100 à 200 mots, situé entre 40 % et 60 % du livre. Chaque extrait a été collé tel quel dans chaque détecteur, sans modification.




































































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